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La cigarette compromet la réadaptation respiratoire dans la BPCO

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) représente un enjeu de santé important, tant par la morbidité que par les coûts de prise en charge qu’elle implique. Si les traitements pharmacologiques actuels ont des effets modestes, la réadaptation pulmonaire peut avoir un impact marqué sur la qualité de vie, la tolérance à l’exercice ou encore les décompensations. En dépit de ces avantages, des études récentes ont mis en évidence qu’un nombre significatif de patients qui ont commencé un programme de réhabilitation ne l’achève pas – plus de la moitié. Partant de cet état de fait, une équipe américaine a cherché à déterminer, sur une base prospective, les facteurs prédictifs de réussite d’un programme de réhabilitation respiratoire pour les patients atteint de BPCO.

De 1996 à 2013, 440 sujets avec une BPCO ont été inscrits à un programme d’au moins 8 semaines consécutives de réhabilitation respiratoire à raison de 2 à 3 séances par semaines. Lors de ces séances, ils ont participé à différents types d’exercices : réentraînement aérobie, renforcement musculaire, éducation thérapeutique et kinésithérapie respiratoire à type de ventilation dirigée et de travail diaphragmatique, sachant que le programme était individualisé pour chacun. Ceux qui continuaient à fumer ont été autorisés à participer au programme. Les données démographiques, les antécédents de tabagisme, les comorbidités, ainsi qu’un bilan de la fonction pulmonaire de moins de 2 ans ont été enregistrés, et divers bilans ont été réalisés en début et fin de prise en charge : QEOS pour la dyspnée, le SF36 pour la perception de la santé, le Beck depression Inventory (BDI) pour la dépression, le test de 6 minutes pour l’endurance et la vitesse de marche.

Amélioration significative à la fin du programme

Au terme de l’étude, 229 patients avaient au moins terminé 8 semaines de programme (52 % de « finissants »), alors que les « décrocheurs » avaient une médiane de 7 séances.

L’achèvement du programme a été associé à une amélioration significative du test de 6 minutes, de la perception de l’état de santé dans presque toutes ses composantes, et à une diminution de la dyspnée et de la dépression.

Après analyse multivariée, le seul facteur associé à la non-réalisation retrouvé a été, non pas la gravité de la BPCO ou les comorbidités, mais la cigarette à l’inscription (odds ratio ajusté 0,38, intervalle de confiance à 95 % : 0,16 à 0,9, p = 0,02).

En somme, d’après cette étude, le tabagisme est le seul facteur prédictif indépendant de « décrochage » d’un programme de réhabilitation respiratoire. Les auteurs l’expliquent plus par le comportement à risque pour la santé et la moindre motivation auquel il est associé, que par une diminution des capacités physiques. D’où l’importance d’une éducation thérapeutique précoce concernant le tabac et d’un sevrage tabagique avant l’inscription.

Anne-Céline Rigaud

Brown AT et coll. : Determinants successful completion of pulmonary rehabilitation in COPD. Int J Chron Obstruct Pulmon Dis., 2016; 11: 391-7. doi: 10.2147/COPD.S100254. eCollection 2016.

2016/06-E-02284