Accueil > Revue de la littérature scientifique > Atteinte des voies aériennes distales au cours de l’asthme du jeune enfant
< Retour à la liste des articles

Atteinte des voies aériennes distales au cours de l’asthme du jeune enfant

La technique des oscillations forcées est une méthode non invasive d’exploration de la mécanique ventilatoire qui emploie des oscillations de pression de faible amplitude superposées à la respiration normale, à différentes fréquences. Elle présente l’avantage, par rapport aux tests classiques, de ne pas nécessiter de coopération de la part du patient et elle est donc particulièrement utilisée pour explorer la fonction respiratoire des jeunes enfants. L’augmentation « fréquence-dépendante » des résistances pulmonaires évaluées par oscillométrie est considérée comme un test de référence pour la mesure de l’obstruction des petites bronches.
Des auteurs ont ainsi examiné, chez des enfants, les résistances bronchiolaires, évaluées par la technique des oscillations au cours de tests de bronchoconstriction induite par l’exercice et par la métacholine.
Parmi les 121 participants, 109 enfants, âgés de 3 à 8 ans, pour lesquels on disposait des données d’oscillométrie, ont été étudiés, parmi lesquels 95 présentaient des symptômes cliniques d’obstruction bronchique et 14 étaient en bonne santé. En cas de traitement bronchodilatateur, une période de « wash-out » de quatre semaines a été observée avant de pratiquer les mesures de la fonction pulmonaire. Les 2 séries de tests fonctionnels respiratoires ont été effectuées dans un ordre aléatoire, avec 2 semaines de séparation entre chaque exploration.

Asthme induit par l’exercice et test à la métacholine

L’asthme induit par l’exercice (AIE) a été évalué par un exercice standardisé : les enfants étaient invités à courir à l’extérieur durant 6 à 8 minutes à un niveau suffisamment intense (fréquence cardiaque [FC] à environ 85 à 90 % de la FC maximale). La fonction pulmonaire a été mesurée par oscillations forcées à l’état basal et 1, 5 et 10 min après l’exercice. Une augmentation d’au moins 40 % de la résistance à 5 Hz (delta R5) indiquait un asthme d’effort. Trois groupes ont été définis en fonction du pourcentage de modification de la résistance : un groupe sans AIE (delta R5 80 %, n = 12).
Au cours du test de provocation bronchique à la métacholine, l’augmentation « fréquence-dépendante » des résistances pulmonaires a été estimée en calculant la différence entre la résistance respiratoire à 5 Hz et celle à 20 Hz (R5-20).

Le niveau des résistances à l’état basal n’apparaît pas corrélé à la gravité de l’AIE, mais, au cours du test à la métacholine, l’augmentation de R5-20 est significativement plus importante chez les enfants ayant un AIE sévère (x 2,61 [1,13-4,00]) que chez les enfants avec un AIE modéré (x 1,48 [0,7-2,84]) ou que dans le groupe sans AIE (x 1,74 [-4,52 – 11,5], p = 0,036*). Aucune association significative n’a été mise en évidence avec les autres paramètres de la mécanique ventilatoire explorée par oscillométrie. Les enfants du groupe « AIE graves » étaient, de plus, ceux qui avaient le plus reçu de bêta 2-agonistes à courte durée d’action au cours des deux mois précédant les explorations par rapport aux deux autres groupes (p <0,001).
L’augmentation « fréquence-dépendante » des résistances pulmonaires (R5-20), mesurée par oscillométrie lors d’une bronchoconstriction induite par la métacholine est donc plus prononcée chez les enfants ayant un asthme induit par l’exercice sévère. Ce résultat suggère l’implication des petites bronches dans l’asthme des jeunes enfants.

Dr Béatrice Jourdain

Kalliola S. et coll. Aberrant small airways function relates to asthma severity in young children. Respir Med.2016 ; 111 :16-20.

* Les comparaisons appariées reposant sur le test de Mann-Whitney ont montré les résultats suivants : absence d’AIE versus AIE modéré, p=0,309 ; absence d’AIE versus AIE sévère, p=0,019 and AIE modéré versus AIE sévère, p= 0,052.