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La maladie des voies aériennes distales au cours de l’asthme

Les voies aériennes distales, dotées d’un calibre interne inférieur à 2 mm, correspondent généralement aux bronchioles terminales et respiratoires et aux conduits alvéolaires. Actuellement, on considère que la dysfonction et l’inflammation de cette partie très distale des voies respiratoires contribuent de manière significative à l’impact clinique de l’asthme.
Les méthodes d’évaluation conventionnelle de la fonction respiratoire sont largement
influencées par le degré de résistance des voies aériennes proximales et ne sont donc pas un outil fiable ou sensible pour évaluer l’obstruction des petites bronches. Récemment, différentes techniques physiologiques et d’imagerie ont montré leur capacité à explorer cette zone silencieuse de l’arbre bronchique : une revue systématique de la littérature fait le point sur l’apport de ces examens.

Par l’analyse de PubMed, 837 études ayant eu pour objectif de déterminer la prévalence de l’atteinte des voies aériennes distales au cours de l’asthme ont été identifiées et 15 publications, considérées comme pertinentes, ont été retenues. Un ou plusieurs des examens suivants ont été étudiés : spirométrie avec pléthysmographie (11 études), oscillométrie à impulsion (6 études), courbe de rinçage de l’azote (5 études) et tomodensitométrie thoracique haute résolution (une étude). Les auteurs ont utilisé l’outil de la Cochrane Collaboration pour évaluer le risque de biais : le risque était faible dans 9 des études, et faible à moyen pour les autres (en raison de possibles biais de sélection). La tâche était en effet complexe car les critères de sélection des patients asthmatiques et les valeurs seuils pathologiques diffèrent selon les publications. Il convient aussi de noter que la majorité des études n’ont pas été effectuées en aveugle et que les séries utilisant les tests les plus sensibles pour la mesure de la fonction aérienne distale (tels que l’oscillométrie, la méthode de rinçage de l’azote et le scanner haute résolution) sont celles qui ont inclus le plus petit nombre de patients.

Une prévalence de 50 à 60 %

La prévalence globale de la maladie des voies aériennes distales au cours de l’asthme, évaluée par ces différentes méthodes, atteint 50 à 60 %. L’atteinte des voies aériennes périphériques est mise en évidence quel que soit le degré de sévérité de l’asthme ou en l’absence d’obstruction des voies respiratoires proximales. Dans l’étude utilisant le scanner haute résolution, il n’y avait pas de différences dans les caractéristiques démographiques entre les groupes avec ou sans piégeage de l’air, mais des corrélations entre la fonction des voies aériennes distales et le contrôle de l’asthme, le nombre d’exacerbations ou l’hyperréactivité bronchique étaient rapportées dans certains travaux.

En conclusion, l’altération fonctionnelle au niveau des bronches distales apparaît très répandue au cours de l’asthme, même chez les patients souffrant d’une maladie peu sévère. Malgré les défis du diagnostic de la maladie des voies aériennes distales, cette exploration reste importante pour permettre un ciblage approprié de la pharmacothérapie.

Dr Béatrice Jourdain

Usmani O. et coll.: The prevalence of small airways disease in adult asthma: A systematic literature review. Respir Med 2016; 116: 19-27. doi: 10.1016/j.rmed.2016.05.006.