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Vivre en présence d’allergènes pourrait prévenir l’asthme

Les Amish et les Huttérites sont des populations américaines agricoles qui ont un mode de vie et des régimes alimentaires similaires, mais qui diffèrent dans leur conception de l’agriculture. En effet, les Amish sont restés très traditionnels et n’utilisent comme moyen de transport et pour les travaux des champs que des chevaux, contrairement aux Huttérites qui sont motorisés et sont ainsi moins en contact direct avec les animaux.

Comme la prévalence de l’asthme est différente dans ces deux populations, l’équipe de M. M. Stein a cherché à comparer l’exposition environnementale, l’influence de la génétique et le profil immunitaire chez 60 enfants issus de ces deux communautés. De plus, le niveau d’allergènes et d’endotoxines et la composition des poussières récupérées dans les maisons ont été étudiés.
Les analyses ont été effectuées sur une courte durée, entre novembre et décembre 2012, sur 30 enfants de chaque population, âgés de 7 à 14 ans.
Les résultats montrent qu’aucun enfant amish n’était asthmatique alors que 6 enfants huttérites l’étaient (soit 20 % des enfants). Par ailleurs, l’étude génétique a révélé une concordance des génotypes entre les deux populations.
En revanche, les analyses biologiques ont mis en évidence des différences dans les deux populations. Les enfants amish avaient un taux de polynucléaires neutrophiles plus élevé que celui des Huttérites, comprenant, de plus, des marqueurs d’immaturité cellulaire (CXCR4, CD11b, CD11c) indiquant un passage rapide de ces leucocytes de la moelle vers le sang. Le taux d’éosinophiles était, quant à lui, supérieur chez les Huttérites tout comme le taux d’IgE. Les allergènes courants, provenant des animaux de compagnie, acariens, cafards ont été détectés dans les maisons amish dans 40 % (n=12) des cas versus 10 % (n=3) dans les maisons huttérites.

Immunité innée ou adaptative ?

Les cellules de chaque enfant ont été mises en culture dans différents milieux avec ou sans stimuli inné (lipopolysaccharide [LPS]) ou stimuli de l’immunité adaptative (anticorps anti-CD3 et anti-CD28). Les auteurs ont détecté 23 cytokines après stimulation par lipopolysaccharide. Dans cette étude, le taux médian de chaque cytokine était statistiquement inférieur chez les 30 enfants amish comparé aux 30 enfants huttérites (p < 0,001). Après stimulation par anticorps anti-CD3 et anti-CD28, il n’y avait pas de différences entre les deux groupes.
De plus, l’analyse de l’expression des profils génétiques a montré une surexpression de gènes dont le TNF et l’IRF7 (interferon regulatory factor 7) appuyant l’hypothèse d’une stimulation de l’immunité innée dans la population amish.
Par ailleurs, des souris ont reçu des extraits, en intranasal, de poussières issues des maisons des deux populations. Les souris témoins ont été stimulées par de l’ovalbumine.
Une éosinophilie et une réponse respiratoire exacerbée ont été observées chez les souris stimulées par l’ovalbumine et par les extraits de poussières des maisons huttérites. Au contraire, l’inhalation des poussières des maisons amish inhibait les effets de l’ovalbumine. Les cytokines dans ce groupe de souris témoins étaient supprimées.
Ainsi, l’étude des enfants amish et huttérites met en évidence des différences marquées en termes de prévalence d’asthme bien qu’ils soient similaires du point de vue génétique et par leur mode de vie. La différence semble être l’exposition à un environnement microbien. Le faible taux d’asthme et les profils immunitaires différents semblent suggérer des effets profonds de l’immunité innée. L’intense stimulation prolongée microbienne active les voies de signalisation de l’immunité innée qui façonne la réponse immunitaire.
Les points faibles de l’étude résident tout d’abord dans le recrutement des enfants. Seuls les enfants âgés de plus de 6 ans ont participé et leur nombre est peu important. De plus, le nombre de maisons étudiées était limité. Enfin, l’identification microbienne n’a pas été réalisée.

Les auteurs concluent qu’une susceptibilité à l’asthme peut être augmentée en cas de stimulation faible de l’immunité innée. Une meilleure compréhension des stimuli utiles et des voies de l’immunité innée pourrait permettre le développement de stratégies pour la prévention de l’asthme.

Dr Sylvie Coito

Stein MM et coll. Innate Immunity and Asthma Risk in Amish and Hutterite Farm Children. N Engl J Med 2016 ; 375 : 411-421.